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Principes scientifiques apprentissage du cheval

Principes scientifiques
d'apprentissage
du cheval


Source : ISES (International Society for Equitation Science)
«Principles of learning theory in equitation»


Les 10 principes qui suivent ont été développés à partir des 8 principes fondamentaux préalablement diffusés en 2006 dans les publications scientifiques de McGreevy et McLean, puis sur le site de l’International Society for Equitation Science (ISES).
Révisés récemment, ces principes tiennent compte des avancées de la recherche. Ils nous incitent à analyser et ajuster des certitudes issues de la tradition ou de méthodes plus récentes, comme le horsemanship, en nous apportant les clés indispensables à l’entraînement de tout cheval, quels que soient sa race, son âge ou sa discipline de destination. Ils semblent également particulièrement bien adaptés au travail de tous les autres équidés.

Entraînement chevalPrésentés sous forme de questions essentielles que le cavalier/entraîneur doit impérativement se poser, ils apportent des réponses détaillées permettant de bien comprendre les processus enclenchés au cours du travail.
Les « implications » qui conclues la présentation de chacun d’entre eux, permet de mieux se convaincre de la nécessité de les respecter, afin de maintenir le bien-être optimal du cheval au travail et de maximiser le résultat de l’entraînement.

- Principe 1 -
Travailler le cheval en respectant
son éthologie et ses capacités cognitives

Est-ce que je respecte l’éthologie du cheval et ses capacités cognitives ?

L’éthologie est l’étude du comportement animal et nous fournit des informations sur la façon dont les chevaux ont évolué. Elle permet d’expliquer la structure sociale naturelle du cheval, notamment son organisation sociale dynamique, incorporant un accès aux ressources, déterminé par le rang social. Les chevaux ont besoin de la compagnie de leurs congénères et tissent naturellement des liens entre eux ; l’isolement est donc à proscrire. Les chevaux ont également évolué pour manger et brouter environ 16 heures par jour –  leur système digestif et leur comportement sont les reflets de cette adaptation.

Les capacités cognitives sont les procédés permettant à l’animal d’incorporer l’information lui provenant de son environnement. Contrairement aux humains, les chevaux ont un cortex préfrontal peu développé et ne se rappellent pas des expériences passées de la même façon que nous. Ils excellent dans la mémorisation et la reconnaissance de stimuli qui déclenchent certaines réponses – ce qui contribuent à les maintenir en sécurité. Il est essentiel de ne pas surestimer leur intelligence (par exemple « il sait qu’il a mal fait »), notamment dans l’optique de justifier une punition. Il est tout aussi essentiel de ne pas sous-estimer leur intelligence en supposant que les chevaux sont dénués d’émotions ou de sentiments.

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL :
Sur-ou sous-estimer l’intelligence des chevaux a un impact négatif sur leur bien-être. L’isolement, la restriction de mouvement ou de la durée d’alimentation affectent également leur bien-être, donc leur comportement.

- Principe 2 -
Appliquer correctement les principes d’apprentissage

Est-ce que j'applique correctement les principes de l’habituation, de la sensibilisation, du conditionnement opérant, du façonnement et du conditionnement classique ?

L’habituation est observée lorsque des animaux arrêtent de réagir à des évènements ou des stimuli lorsqu’ils s’y sont habitués. Les chevaux ont une peur innée des choses nouvelles (néophobes) et perçoivent souvent les caractéristiques d’un grand nombre de stimuli comme aversives (par exemple, la taille/intensité ; la nouveauté ; la proximité ; et l’apparition soudaine). Le mouvement, surtout s’il est erratique ou s’il se fait dans la direction du cheval, rend l’identification difficile, même s’il s’agit d’un objet familier. L’habituation peut être utilisée pour modifier les réactions du cheval envers des stimuli aversifs, lors d’un processus de désensibilisation. La désensibilisation systématique, le masquage, le conditionnement de l’approche, et le contre-conditionnement, sont toutes des formes de désensibilisation.

La sensibilisation
est observée lorsque la réponse d’un individu est augmentée. Si un individu est soumis à une série de stimuli qui augmentent son niveau d’Excitation, la sensibilisation est le processus qui augmente les chances que le cheval réagisse plus intensément et plus rapidement à ce stimulus, ou à un autre stimulus présenté peu après.

Le conditionnement opérant décrit un apprentissage basé sur des récompenses ou des conséquences. Il se divise en quatre composants :

(1) le renforcement positif : Ajout de quelque chose que le cheval aime et qui va accroitre l’expression d’un comportement souhaité. Les renforçateurs primaires peuvent être n’importe quelle ressource qui a naturellement une valeur pour le cheval. Dans le cadre de l’entraînement, il peut s’agir d’un contact physique ou de nourriture. Afin que ceux-ci renforcent le comportement, ils doivent être délivrés immédiatement lors de l’initiation de la bonne réponse, Des renforçateurs secondaires doivent d’abord être associés à des renforçateurs primaires.  Ils sont souvent des stimuli sonores, comme un clicker ou n’importe quel son qui est délivré lorsque la réponse correcte est offerte par le cheval.

(2) le renforcement négatif : Le retrait que quelque chose que le cheval cherche à éviter augmente la fréquence d’expression d’un comportement souhaité. Le renforcement négatif doit être très subtil. La pression motive le cheval à bouger, mais le retrait de cette pression est ce qui renforce le mouvement. L’application d’une pression pour les transitions d’allures ou les variations au sein d’une allure repose sur l’apparition d’une pression très légère suivie d’une pression plus accrue entrainant le mouvement du cheval, et le retrait immédiat de cette pression lorsque le mouvement se produit. Un bon entraineur cherchera toujours à réduire la pression nécessaire afin d’utiliser des codes légers.

(3) la punition positive : L’ajout d’un stimuli aversif qui réduit la probabilité qu’un comportement s’exprime. La punition positive a des conséquences néfastes sur le bien-être du cheval et doivent être évitées. Lors du recours à la punition positive, elle doit respecter les règles de contingence et de contigüité par rapport au comportement non désiré.

(4) la punition négative : le retrait de quelque chose que le cheval aime et qui réduit la probabilité qu’un comportement se produise. La punition négative est rarement utilisée sauf dans un contexte où l’attention (ou de la nourriture), est retirée au cheval, afin de cesser un comportement. Si cette punition est retardée, elle sera inefficace.

Le façonnement (shaping) est l’élaboration progressive d’un comportement par petites étapes. Chaque étape diffère seulement légèrement de la précédente, afin qu’il soit facile pour le cheval d’offrir le comportement désiré.

Le conditionnement classique utilise des codes ou des signaux afin d’éliciter des comportements spécifiques. Ceux-ci doivent être utilisés avec précision et un parfait timing, qui doit correspondre parfaitement avec l’apparition du comportement.

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL : 
Le recours à la pression ou à un inconfort a de sérieuses conséquences sur le bien-être du cheval, et peut entrainer des réponses allant de la fuite à l’agression, ainsi qu’à l’apathie ou à l’impuissance apprise.

- Principe 3 -
Instaurer des signaux faciles à distinguer

Est-ce que les signaux que j'instaure par conditionnement opérant ou classique sont bien spécifiques et faciles à distinguer ?
Est-ce que ceux que j'utilise pour accélérer sont clairement distincts de ceux utilisés pour ralentir ?
1. pour les transitions d’allures
2. pour les variations de vitesse au sein d’une même allure
3. pour les variations de la longueur des foulées
4. pour mobiliser les épaules et réaliser un pivot
5. pour mobiliser les hanches et réaliser un pivot
6. pour la flexion d’encolure ou le port de tête

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL :
Des signaux brouillés ou ambivalents peuvent entrainer la confusion du cheval, une détresse psychologique, et compromettre sa performance ainsi que la sécurité du cavalier.

- Principe 4 -
Façonner les réponses et les mouvements

Est-ce que lors de l’apprentissage d’un nouveau comportement je commence par renforcer des approximations, pour me rapprocher ensuite progressivement du comportement désiré ?

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL :
Un façonnement médiocre peut entrainer la confusion du cheval et entrainer l’émergence de réactions pouvant affecter sa performance comme la sécurité du cavalier.

- Principe 5 -
Travailler les réponses une par une

Est-ce que je donne chaque ordre/signal séparément des autres signaux ?

Les ordres simultanés pour des réponses différentes s’inhibent mutuellement et se désensibilisent progressivement. Lorsque des ordres contradictoires sont donnés, comme par exemple des ordres pour avancer et ralentir, le phénomène de désensibilisation est amplifié tout comme la confusion et le stress du cheval. Ce n’est qu’avec un entrainement progressif que des ordres peuvent être délivrés de plus en plus rapprochés l’un de l’autre.

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL : 
Des ordres opposés affaiblissent la réponse du cheval, entrainent une confusion ou l’émergence de réponses qui compromettent sa performance, ainsi que la sécurité du cavalier.

- Principe  6 -
Lui apprendre une réponse par signal

Est-ce que chacun de mes ordres/signaux provoque une réponse unique ? 

Même si une réponse peut être obtenue par plus d’un signal, les signaux/ordres pour accélérer doivent impérativement être clairement distincts des signaux utilisés pour ralentir.

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL : 
Des actions de rênes ou de jambes ambiguës entrainent une confusion du cheval, compromettent sa performance ainsi que la sécurité du cavalier.

- Principe 7 -
Instaurer des habitudes

Est-ce que ma méthode d’entrainement est cohérente lors de l’apprentissage de nouveaux mouvements ?

Les nouveaux mouvements doivent toujours être enseignés dans le même contexte environnemental, avec le même équipement, le même cavalier, au travers de signaux qui sont toujours appliqués de la même façon et sur la même partie du corps du cheval. Les transitions d’allures doivent par exemple être façonnées de façon à ce que le départ soit toujours effectif dans le même délai de réponse, qu'il soit toujours suivi du même nombre de foulées et que la demande de repasser au pas soit toujours acquise avec le même délai de réponse. Ce n'est que lorsque l'acquisition et la consolidation de chaque réponse correspond de façon constante et sans stress aux signaux associés que le contexte peut être graduellement changé.

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL :
Un entrainement qui manque de cohérence donne des réponses inconsistantes qui peuvent compromettre la compréhension et donc la performance du cheval.

- Principe 8 -
Rechercher la persistance des réponses
(cheval qui « se maintient »)

Est-ce qu'avec ma méthode d’entraînement le cheval maintient son allure, son rythme, sa rectitude et son attitude, sans avoir constamment recours au soutien des aides du cavalier ?

A défaut d'un entraînement à maintenir sa réponse à une demande, sans pression, jusqu’à ce qu’un autre signal lui indique une nouvelle demande risque d’entrainer une habituation aux aides.

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL : 
Les conséquences d’un manque de maintien du cheval peuvent se traduire autant par un manque de réactivité que par une hyper-réactivité qui compromettent la performance et le bien-être du cheval, ainsi que la sécurité du cavalier.

- Principe 9 -
Eviter et dissocier les réactions de fuite
(parce qu’elles sont résistantes à l’extinction et peuvent entrainer des problèmes liés à la peur)

Est-ce que j’évite toujours les réactions de fuite du cheval ?

Les réactions de fuite ont des caractéristiques uniques. Elles sont notamment très résistantes à l’extinction et peuvent réapparaitre spontanément. Les réactions de fuite du cheval sont souvent accompagnées :
1. D’un accroissement des niveaux d’adrénaline et de glucocorticoides (cortisol)
2. De l’accroissement de la contraction musculaire
3. De l’agression, y compris d’agression redirigée
4. De l’apparition de comportements conflictuels, ou d’activité de déplacement

Si le stress persiste, il peut avoir les conséquences suivantes :
1. Déficiences d’apprentissage ou de mémoire
2. Système immunitaire compromis
3. Problèmes digestifs
4. Ritualisation des comportements conflictuels
5. Agression redirigée
6. Insécurité à long terme (ex. anxiété de séparation, arpentage des clôtures, peur des congénères, aggravation de la néophobie)

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL :
Le stress intense s’exprime au travers de comportements problématiques (fuite, agression, apathie). Le stress chronique a des conséquences désastreuses sur le bien-être , y compris  l’apparition d’impuissance apprise, et peut être fatal.

- Principe 10 -
Maintenir l’excitation du cheval à son minimum lors de l’entrainement
(afin d’assurer l’absence de conflit)

Est-ce que ma méthode d’entraînement donne la priorité à la détente du cheval ?

Les entraîneurs doivent toujours garder leur cheval le plus calme possible. Même si un certain niveau d’excitation, de tension musculaire et de concentration sont requis pour favoriser l’apprentissage, le dépassement de ces niveaux a des conséquences néfastes sur l’apprentissage.

IMPLICATIONS DANS LE BIEN-ÊTRE DU CHEVAL :
Trop d’excitation compromet le bien-être du cheval, et peut se traduire par un stress aigü ou chronique (réactions de fuite, agression, apathie).